Âme

Une mer calme n’a jamais fait un bon marin 

Inspire. Je regarde là-haut. J’absorbe l’énergie calme ressentie de l’étendue violacée qui semble parcourir l’horizon à l’infini. Du moins, cette infinie est constante et semble identique même quand je regarde l’horizon sous un autre angle. Expire. Quand je regarde là-haut, peu importe où je suis, un calme profond enrobe mon esprit. La constance est nécessaire pour mon bien-être. Sans elle, le sombre fait surface et me vol ma paix intérieure. 

         Au tendre âge de six ans, j’ai dû quitter mon nid, mon chez-moi. Mes racines étaient dans un tout petit village au large de la majestueuse rivière Saint-Jean, dans la vallée d’une chaîne de montagnes du Nouveau-Brunswick. Le choc social, culturel et environnemental de déménager dans la grande ville de Gatineau, au Québec, à créer de profondes cicatrices à mon cheminement de vie ainsi qu’à mon identité. C’est difficile de déménager; pas vraie? J’ai passé de jouer dans les bois et de construire des forts dans des arbres à « jouer » dans la rue du quartier. Or, dans la tête d’enfant, ce changement de jeu n’était guère excitant. Où se cache la verdure en ville? Je ne fais point référence au piteux arbre solitaire que chaque maison du quartier plantait devant pour tenter de masquer l’étendue éternelle de briques, d’asphaltes, de froideur solide et sans vie. Où sont les forêts pittoresques habitées par des oiseaux colorés chantants à longueur de la journée? J’ai essayé de m’adapter, mais il n’y a rien de poétique dans le roucoulement du fameux pigeon ainsi que son invasion à Gatineau. 

         De plus, ce n’est pas juste le changement environnemental qui a laissé un goût amer dans ma bouche. Socialement, s’adapter et être accepté est très difficile. Les enfants, tous comme les adultes qui les entourent, sont dotés d’une cruauté verbale assez impressionnante. J’ai été oppressé pour mes différences linguistiques pendant près de huit ans. J’ai tenté de replanter mes racines sous cette terre neuve, mais mes racines d’origine étrangère furent rejetées et n’ont point pris souche. Durant l’heure de récréation à l’école, des élèves de classe me faisaient répéter des mots comme « carotte » et « mère » sans cesse. Des rires aux éclats pouvaient se faire entendre sur des kilomètres. Du moins, c’est ce que je percevais dans ma tête! J’étais cernée, moquée et fixée comme une bestiole insolite destinée à être vedette de foire. La facilité n’était pas de mon côté. Par contre, cette expérience m’a permis d’apprendre à être résiliente et de développer des outils d’affirmation de soi afin de reconnaître avec plus de facilité ma juste valeur. Ma confiance en soi et mon estime étaient très affectées.

Honnêtement, le sentiment d’appartenance parmi un groupe est un combat depuis la nuit des temps. Par conséquent, il est primordial d’opter pour une vision optimiste et résiliente. C’est un combat dont je ne sortirai pas perdante. Il faut mettre les peurs de côté et choisir d’aller de l’avant. Il est impossible de plaire à tous, alors, pourquoi gaspiller son temps limité sur Terre pour plaire autrui d’attitude nuisible? Ce n’est pas trop une offre intéressante. Le changement est difficile, mais sans embûches, grandirait-on vraiment? Pour évoluer et devenir la meilleure version de soi, il faut vivre des expériences. C’est le bagage personnel qui est à l’origine de la sagesse. Bref, la peur du changement est normale. Par contre, quand celle-ci contrôle ta vie, regarde là-haut. Le majestueux ciel est le même partout. Inspire, admire et expire. On m’a toujours dit : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qui t’arrive à toi. » Je suis devenue une personne consciencieuse de ses actions et des conséquences qui résultent des actions commises. Il est possible de faire un virement mental du négatif en positif. Il faut trouver la force de faire un conditionnement classique de ses pensées. 

         Ses expériences m’ont sculptée en la personne que je suis à présent. J’ai un besoin profond de constance ; le changement j’en peux plus! Je deviens si anxieuse quand le changement frappe à la porte. Une période difficile pour moi est la rentrée scolaire. Par contre, quand l’anxiété m’envahit l’esprit, je fais comme ce que je faisais à six ans. J’inspire et je regarde là-haut. Que mes pieds soient posés sur la terre atlantique ou sur la terre québécoise, le ciel reste le même. Et là, je retrouve la constance et mes racines.

         La vie est parsemée d’embûches, de surprises et de changements. Il est normal de ressentir un peu stress lorsque des imprévues surviennent, mais il ne faut pas se laisser emporter par le courant. « Une mer calme n’a jamais fait un bon marin ». Je dois affirmer mon accord avec ce fameux proverbe anglais.

Marika

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